author Publié par incwo2 Thu, 06 Sep 2012 13:50:00 GMT

En quelques mots, présentez-nous Marbotic ? 

Marbotic produit des solutions pédagogiques mêlant matériel sensoriel et interfaces numériques. L’ambition à la source de ce projet est de faire se rencontrer l’innovation technologique et l’innovation pédagogique. Marbotic est une jeune pousse qui a germé au printemps dernier et va déployer ses premières feuilles dans l’incubateur Centrale Paris. 

Comment les pédagogies d'éveil de l'enfant vous ont-elles inspiré la naissance d'une gamme de produits numériques ? 

Je m’intéresse depuis longtemps aux pédagogies dites «alternatives», comme la pédagogie Montessori ou la pédagogie Steiner-Waldorf. Ces pédagogies mettent l’accent sur le rôle de l’expérience vécue, plutôt que du savoir transmis. L’enfant est accompagné dans la découverte du monde via un matériel sensoriel de très grande qualité.  Etant enceinte de mon fils, j’ai commencé une formation à la pédagogie Steiner-Waldorf, qui m’a beaucoup inspirée, notamment dans le rapport au corps, et à l’éveil de la sensibilité de l’enfant par le biais de la pratique artistique.  J’ai été frappée de voir que la communauté éducative d’enseignants et de parents qui mettait en oeuvre ces pratiques avait une grande défiance vis-à-vis des outils informatiques. Le numérique au sens large cristallise quelque part la peur de la modernité, d’un virtuel qui nous coupe du réel. 

La tablette va t-elle remplacer les Légo ?

J’espère bien que non ! Tout comme la tablette ne remplacera pas les livres, et la visioconférence ne remplacera jamais une bonne soirée au restaurant. Chaque outil prend sa place dans l’éventail des solutions offertes.

Pour le parent ou le pédagogue, la question qui se pose est : quel outil convient pour quelle découverte ? Le multimédia est riche car il permet de stimuler la vue, l’ouïe, et s’appuie sur la puissance de calcul informatique qui permet des représentations dynamiques : par exemple, voir une fleur pousser en accéléré. C’est intéressant car regarder une fleur pousser dans la vraie vie, ça prend plus de temps. Mais cela ne dispense pas d’aller au jardin et d’y rencontrer aussi les odeurs, les saveurs, toutes les infimes nuances qui nourrissent la sensibilité, mais qui ne sont pas présentes dans les modélisations numériques. Rien ne remplacera la richesse du réel. 

La particularité de votre concept est l'association du numérique et du sensoriel : comment ça marche ? 

J’ai souhaité proposer des activités qui mélangent l’usage d’un matériel physique en bois, que l’on peut toucher, manipuler, déplacer, et d’une interface numérique, ici une tablette. 

Par exemple, j’ai construit un jeu de chiffres en bois, qui représente les chiffres de 0 à 9. En appliquant le chiffre 3 sur l’écran, la tablette réagit : 3 éléments apparaissent sur l’écran, et la tablette dit «trois».  L’intérêt de cette activité est de stimuler l’enfant au niveau de la vue, de l’ouïe, mais aussi du toucher et de la motricité. Cette implication du corps permet de faciliter l’acquisition des concepts abstraits, comme la notion de nombre. 

Est-ce un marché déjà concurrentiel ? Quelles barrières avez-vous découvert ? 

Le marché des applications éducatives sur tablettes est déjà concurrentiel, mais encore en phase d’émergence au niveau français. Si on regarde ce qui se passe sur les Stores des USA et du Canada, on voit tout de suite la différence au niveau du nombre d’applications ! C’est un marché aux règles un peu mystérieuses que celui des Stores, par exemple pour l’AppStore d’Apple, la mise en avant dépend beaucoup des choix du constructeur, dont les critères restent assez compliqués à déterminer. Certains spécialistes recommandent le spiritisme pour réussir à être remarqués, c’est une piste à explorer... 

Votre application "10 doigts" vient d'être récompensée : pouvez-vous nous la présenter ?

L’application a en effet été lauréate du prix Wouap Doo Apps en juin, et elle est disponible pour iPad depuis la mi-août ! 

L’objet de cette appli est d’apprendre à compter sur les doigts. On pose 3 doigts sur l’écran, on voit 3 s’afficher et on entend le mot «trois», et ainsi de suite jusqu’à 10. On peut utiliser l’application en exploration libre, ou bien en répondant à des mini-défis : combien de grenouilles sont présentes sur l’écran?  L’appli aborde également le concept d’addition.  Elle s’adresse aux 3-5 ans même si j’ai vu des petits de 2 ans comme des grands de 8 ans s’amuser avec. On peut y jouer tout seul ou à deux, j’ai vu récemment des jumeaux l’utiliser ensemble, c’était très intéressant. Quand il fallait poser 9 doigts, l’un posait 5 doigts et demandait à son frère le nombre de doigts complémentaires à mettre. La grande soeur de 8 ans soufflait les réponses. A 5 ans, c’est une première découverte du concept de soustraction en famille ! 

On peut manipuler l’application avec ses doigts, mais aussi avec le jeu de chiffres en bois dont je parlais précédemment. L’avantage du jeu en bois est de matérialiser la présence des chiffres. L’enfant les manipule et se familiarise avec leur forme, cela facilite leur reconnaissance et guide même vers l’écriture. 

A quel étape du projet en êtes vous ?  

J’ai fait le grand saut puisque j’ai quitté mon job pour me lancer à 100% dans l’aventure ! 

L’entrepreneuriat me tentait depuis très longtemps, et j’ai participé en avril au concours des 10 ans de l’incubateur Centrale Paris, avec le projet Marbotic, comme un défi lancé à moi-même. Une fois élue 2eme lauréate du concours, je tenais le bon déclencheur pour me lancer. J’ai mis cet été sur le marché la première application "10 doigts" et je démarre l’incubation en septembre. 

Qu'avez-vous trouvé de plus facile et de plus difficile pour l'instant ?

Le plus facile pour l'instant : avoir les idées et trouver les bons moyens pour les faire se concrétiser. Je me trompe mais je finis toujours par trouver des solutions, et je m’approche progressivement de ce que j’ai en tête. Plusieurs personnes m’ont spontanément offert leur aide, car le projet leur plaisait, c’est pour moi un bon signe. J’apprends énormément, dans des domaines aussi divers que le Javascript et la colle vinylique, et cela m’amuse beaucoup !

Le plus difficile pour l'instant : vaincre ses barrières internes, la peur paralysante, l’angoisse imaginative, la désorganisation capricieuse. Mais c’est une excellente expérience que de se confronter à ces barrières pour apprendre à les surmonter. 

Quelles sont les priorités à venir pour Marbotic ?

Il y en a beaucoup, le lancement commercial de l’application, industrialiser la production des chiffres en bois, protéger l’innovation, et lancer administrativement l’entreprise. Ah oui, justement il faut prioriser :). En tout premier lieu, je dirais communiquer autour du produit existant et ensuite préparer le super produit que je prévois pour Noël ! 

Quels conseils aimeriez-vous partager avec des créateurs qui lancent des projets d'activités dans l'univers des tablettes numériques ?

Je leur dirais que c’est le bon moment pour se lancer et que c’est un fantastique champ des possibles pour produire des applis géniales pour nos enfants.  Qu’il faut repérer les bons sites qui parlent d’applis jeunesse comme La Souris Grise ou Déclickids, se nourrir de l’existant, et ensuite se lancer et se serrer les coudes pour s’échanger les bons tuyaux !