author Publié par incwo Fri, 29 Mar 2013 11:22:00 GMT

Nous avons eu la joie d'interviewer Bob Dorf et Steve Blank, à l'occasion de la sortie de leur livre "Le manuel du Créateur de Startup" aux éditions Diateino.

Vous êtes tous deux serial entrepreneurs et vous avez créé plus de 10 sociétés. Quelles furent vos motivations principales pour créer ces sociétés ?
Dans presque tous les cas, pour chacun de nous deux, la motivation fut de faire quelque chose de fantastique, quelque chose qui soit vraiment différent. Nous n'avons jamais été très bon l'un et l'autre dans le fait de recevoir des ordres, même provenant de l'autre. Alors être en charge de notre propre destin, pour le meilleur ou pour le pire, fut la motivation ultime pour créer une société (et plusieurs), indépendamment de leur succès final.

Steve BlankBob Dorf

Vous avez développé une méthode, une activité de formation, des conférences, vous êtes conseillers, tout cela dans le but d'aider les entrepreneurs. Parmi ces actions, lesquels ont selon vous l'impact le plus fort sur les entrepreneurs ?
Pour nous l'impact le plus fort consiste à fournir une roadmap, un process à suivre. Le succès d'une startup n'est pas aléatoire, ni le résultat de la chance. Il s'agit d'être sur que vous résolvez un vrai problème, puis de faire en sorte que vos clients s'engagent à acheter votre produit, à l'utiliser, puis d'utiliser les retours de vos clients pour impacter chaque aspect de votre business-modèle, et pas uniquement des aspects produits et fonctionnalités.

Laquelle de ces actions vous donne le plus de satisfaction ?
Rien n'est plus satisfaisant pour nous que de renvoyer un entrepreneur vers le manuel, de l'encourager à suivre une étape du process du Customer Development, puis de revoir cet entrepreneur une semaine ou un mois plus tard et de l'entendre dire "Ce feedback supplémentaire du client a vraiment changé mon approche et maintenant c'est bon, je décolle". A notre plus grande satisfaction et fierté, nous avons une magnifique collection de lettres et d'emails d'entrepreneurs du monde entier qui nous disent "Je ne vous remercierai jamais assez pour votre travail et votre méthode, elle a changé ma vie et a transformé mon business en un vrai succès"

Dans votre livre "Le manuel du Créateur de Startup", vous présentez la méthode que vous avez inventée, le Customer Development. Quels en sont les points-clé ?
Le Customer Development est un process qui permet aux startups d'optimiser leurs chances de succès par l'utilisation des multiples retours clients pour affiner et améliorer leur business-model, pas uniquement le produit. Tout cela en préalable aux lancements produits en fanfare qui signent la mort de la plupart des startups. Ce process par lequel les fondateurs sortent de leurs bureaux et se rendent chez les clients, constitue un cadre pour apprendre sur le produit qu'ils veulent construire, résoudre un problème critique ou combler un besoin important dans la vie du client. C'est un process qui ne garantit aucunement le succès, mais nous avons constaté encore et encore, en France et dans le monde entier, que son utilisation réduit fortement les risques d'échec des startups, en identifiant très tôt les faiblesses du business, et en les adressant par l'innovation, l'itération, et l'ajustement, pour qu'au moment du lancement le business soit le plus solide possible.

Votre méthode s'applique-t'elle uniquement aux startups ou est-ce qu'un propriétaire de restaurant peut également bénéficier de la lecture de votre livre ?
La plupart des méthodes décrites dans "Le manuel du Créateur de Startup" et des process de Customer Development s'appliquent aussi bien à la plus petite pizzéria qu'aux plus grandes sociétés internationales. Tout est dans l'écoute des clients, la synthèse des retours, l'apprentissage, et la modification du business-model vers le meilleur modèle possible.

En ce moment il se crée chaque jour des incubateurs et accélérateurs. Selon-vous, qu'est-ce qui explique cette tendance ?
Il n'y a pas assez de jobs intéressants. Tout le monde aujourd'hui pense qu'il est facile de réussir une startup et que tout le monde peut devenir Mark Zuckerberg ou investir dans une société qui sera valorisée des centaines de millions d'euros. Il n'en n'est rien... Malheureursement, tout le ROI de tous les incubateurs du monde est réalisé par deux incubateurs sur des milliers : YCombinator et TechStars. Nous avons des statistiques qui suggèrent qu'ils ont généré au moins 80% de tous les retours des incubateurs dans le monde. C'est triste. Cela nous rappelle qu'il est très difficile de réussir une startup, et que cela n'est certainement pas pour tout le monde.

Les français semblent avoir un complexe avec la création d'entreprise. Quelle est votre vision de l'entreprenariat en France ?
Il n'existe pas en France la même profondeur de vision d'ingéniérie que dans des pays comme les US, la Russie, ou Israël, où dès le départ les ingénieurs sont formés pour penser plus grand. Ils disposent d'une approche plus visionnaire que concentrée sur l'implémentation et l'exécution. Comme dans de nombreux pays, les Français sont toujours dans le mode "Sortir le produit et les clients vont venir", et ne s'intéressent pas assez aux nombreux autres composants critiques d'un business-model à succès.

Pensez-vous que la création d'entreprise est universelle ou qu'elle revêt différents aspects ou nécessite différentes compétences en fonction des pays ?
Cela varie par région et parfois par pays. Nous oublions souvent à quel point la Silicon Valley est un écosystème entrepreneurial bien plus ancien que tous les autres. C'est ce qui explique sa capacité supérieure à délivrer succès après succès, de manière bien plus constante que partout ailleurs. Dans de nombreux pays, dont la France, l'échec est un tel stygmate et il est tellement redouté qu'il réduit la prise de risque des entrepeneurs et des investisseurs. Dans la Silicon Valley, les entrepreneurs ayant connu l'échec sont "expérimentés". Dans bien des pays, les entrepreneurs ayant échoué se pressent pour retourner dans leur jobs dans une banque ou une grosse société, puisqu'ils ont "échoué". Les vrais entrepreneurs font cela plusieurs fois, pas seulement une fois, et ce qu'ils commencent par un échéc ou un succès.

Serial entrepreneur, Steve Blank enseigne actuellement l’entrepreneuriat dans plusieurs universités américaines et siège au conseil d’administration de plusieurs sociétés de la Silicon Valley. Il a développé sa théorie du Customer Development dans The Four Steps to the Epiphany.

Bob Dorf a contribué au développement d’E.piphany, huitième start-up de Steve Blank. Entrepreneur depuis l’âge de vingt-deux ans, il est le conseiller privilégié de grandes organisations et de start-up désirant améliorer leur « développement par la clientèle ».